
Brigitte, 61 ans, et Nicole, 64 ans, vivent à Lyon. Elles ne cherchaient pas l’amour. Elles cherchaient quelqu’un pour aller au cinéma le mardi. Elles ont trouvé une amie.
Le lundi qui a suivi son pot de départ, Brigitte s’est réveillée à six heures et demie, par habitude. Puis elle a regardé le plafond. « Trente ans au secrétariat d’un cabinet médical, et d’un coup, plus rien. Mon divorce datait de quinze ans, je m’étais habituée à vivre seule, mais le travail remplissait tout. Là, il y avait un trou énorme. »
Elle adorait le cinéma, mais n’osait pas y aller seule. « Je sais que beaucoup de gens le font. Moi, je n’arrivais pas. J’avais l’impression que tout le monde me regardait. »
Une drôle d’idée
L’idée est venue d’un article lu chez le coiffeur : on pouvait, paraît-il, utiliser un site de rencontre pour seniors juste pour se faire des amis. « J’ai trouvé ça farfelu. » Brigitte en a pourtant parlé à sa sœur. « Essaie, au pire tu fermes ton compte », a répondu celle-ci, lassée de l’entendre se plaindre de l’ennui.
Dans sa présentation, elle a été très claire : « Je ne cherche pas l’amour. Je cherche une amie pour aller au cinéma, au musée, et papoter autour d’un café. »
Une séance de 14 heures
Nicole, veuve depuis quelques années, avait écrit à peu près la même chose. « Les messages de messieurs qui voulaient m’emmener dîner aux chandelles, merci bien. Moi, je voulais une copine pour les expos. Le profil de Brigitte, c’était mot pour mot ce que j’aurais pu écrire. »
Elles se sont écrit quelques jours, puis ont choisi un film ensemble. Rendez-vous un mardi à 14 heures, dans un cinéma du centre-ville. « On a commencé par se dire qu’on prendrait un café après, si le film nous plaisait. Le film était moyen. Le café a duré deux heures », sourit Nicole.
Une amitié, ça s’apprivoise aussi
Tout n’a pas été simple pour autant. Après ce premier café, Brigitte a attendu une semaine avant de réécrire. « Je ne savais pas comment faire. Avec un homme, on connaît vaguement les règles. Avec une future amie, à notre âge ? Je ne voulais pas avoir l’air collante. » Nicole, de son côté, se demandait si elle avait trop parlé de ses petits-enfants.
C’est un film qui a tranché. Une reprise de Cinéma Paradiso annoncée dans une petite salle de la Croix-Rousse. Brigitte a envoyé le lien avec un simple : « On pleure ensemble ? » Nicole a répondu en trois secondes. Elles ont pleuré, effectivement, puis ri d’avoir pleuré, puis dîné dans un bouchon où le patron les a prises pour deux sœurs.
Il a fallu aussi accorder les caractères. Brigitte arrive toujours dix minutes en avance, Nicole cinq minutes en retard. L’une aime les films d’auteur coréens, l’autre ne jure que par les comédies italiennes. « On alterne. Une semaine chacune. Et parfois, la séance de l’autre est une belle surprise », dit Nicole.
Un cercle qui s’agrandit
Ce que ni l’une ni l’autre n’avait prévu, c’est que leur duo allait attirer du monde. Une voisine de Nicole, veuve elle aussi et grande lectrice, s’est jointe à elles pour une exposition au musée des Confluences. Puis une ancienne collègue de Brigitte. Aujourd’hui, elles sont parfois cinq ou six autour d’une table après la séance. « Il suffisait d’une première amie pour que le reste suive. Quand on est deux, on ose plus de choses », remarque Brigitte.
Les mardis de Brigitte et Nicole
Depuis, elles ne se quittent plus, ou presque. Chaque mardi, cinéma. Un jeudi sur deux, musée ou exposition. Elles sont parties ensemble en voyage à Barcelone, et partagent leurs bons plans de restaurants lyonnais. « C’est devenue ma meilleure amie, dit Brigitte. À 60 ans passés, je ne pensais pas que ça pouvait encore arriver. »
Le voyage à Barcelone reste leur grand souvenir. Quatre jours en avril, une chambre avec deux lits « comme en colonie », et une soirée de flamenco où Nicole, qui jurait ne pas savoir danser, s’est retrouvée sur scène à frapper dans ses mains avec la troupe. Brigitte a tout filmé, en tremblant de rire, avec son vieux téléphone à clapet. La vidéo tourne encore dans la famille. « Mes petits-enfants me la réclament à chaque anniversaire. Ils n’en reviennent pas que leur mamie ait fait ça. »
Nicole ajoute : « On parle de nos enfants, de nos petits-enfants, de nos soucis. Mais surtout, on rit. Beaucoup. »
Leur conseil
« Soyez clair sur ce que vous cherchez, conseille Brigitte. Si vous voulez juste une amie, dites-le. Les bonnes personnes vous trouveront. » Nicole sourit : « Et ne restez pas chez vous à attendre. Les amis ne viennent pas frapper à la porte. »
Ce que leur histoire nous apprend
Un site de rencontre senior n’est pas réservé à l’amour. Beaucoup de membres viennent d’abord chercher de la compagnie, un partenaire de sortie ou une amie. Il suffit de l’écrire clairement dans sa présentation pour attirer les bonnes personnes et décourager les autres.
Proposer une activité précise. « On se voit un de ces jours » n’aboutit jamais. « Mardi, 14 heures, tel film » donne une date, un lieu, un sujet de conversation. Nos idées de sorties entre seniors peuvent servir de point de départ.
Accepter que ça prenne du temps. Une amitié se construit sur des rendez-vous répétés, pas sur un coup de foudre. Les mardis réguliers ont fait plus pour Brigitte et Nicole que n’importe quelle grande conversation.
Sortir de chez soi, même seul au début. La retraite laisse un vide que le canapé ne comble pas. Un premier pas, même maladroit, vaut mieux que des mois d’attente.
Vous aussi, vous cherchez des amis pour sortir ? Lisez notre guide des rencontres amicales seniors, ou découvrez les membres de Lyon et de votre ville.
Récit inspiré de parcours de membres de SeniorAffinity. Prénoms, lieux et photos modifiés.
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